Publié : 3 septembre 2013

[1922-3] Le Havre : De la loi à la fête nationale / Von Gesetz bis zum Nationalfeiertag

Source / Quelle : AMH - 4Mi417

Le Petit Havre 42e année n°15060 Dimanche 12 novembre 1922

AU HAVRE

Au Cimetière Sainte-Marie

A 9 heures, un groupe important de personnes, après s’être formés en cortège à l’entrée du cimetière, s’acheminait lentement vers le monument du Souvenir Français. On remarquait, dans l’assistance, M. Arsène Lecomte, conseillers d’arrondissement, les délégations portant l’insigne de l’ « Association des Mutilés et Anciens Combattants » et de l’Amicale « Les Anciens du 329e ».
En tête du premier groupement marchaient le président, M. Rufenacht ; les vice-présidents, M. Rioux et M . Lafarge, etc.
MM. Vincent, président ; Lelièvre ; trésorier, Danielsen, sécrétaire ; George et Pillé, administrateurs, conduisaient les Anciens du 329e.
Après quelques instants de recueillement et dans un silence impressionnant, MM. Rufenacht et Vincent, au nom de leurs Sociétés, déposèrent deux magnifiques couronnes, dédiés à ceux qui furent les artisans de ce jour qui éclaircit l’horizon et apporta les plus grands espoirs, l’armistice.

Au Cimetière Britannique

De nombreuses personnes des colonies britannique et américaine se trouvaient réunies à 10 h. 45 près des concessions anglaises pour honorer dignement les héros ensevelis loin de leur patrie.
Nous avons noté, au hasard, MM. Bullock, consul de Grande-Bretagne ; Langstaff, consul du Japon ; Orrel, Ashton, Shields, etc.
Devant le simple monument où des gerbes avaient été déposées, quelques prières furent prononcées, puis M. le pasteur Valence, qui officiait, rappela ce jour mémorable qui fut la fin de toutes les misères des batailles humaines.
Vers onze heures, le pasteur invita l’assistance à observer le silence le plus absolu durant deux minutes, et c’était un spectacle impressionnant de voir ces têtes penchées sur les tombes pendant que, dans la ville, bourdons, sirènes et sifflets marquaient de leurs timbres divers l’heure mémorable de la fin des hostilités.
L’assistance se sépara ensuite, après avoir chanté religieusement, le God Save the King.

A l’Eglise Notre-Dame

C’est au milieu d’une assistance nombreuse et recueillis qu’a été célébré en l’église Notre-Dame, le service solennel pour les morts de la guerre.
Le temple avait été, pour la circonstance, paré de trophées de drapeaux.
Dans le chœur avait pris place MM. Meslet, secrétaire général de la Sous-Préfecture, représentant M. le Sous-Préfet ; Patrimonio, adjoint, représentant M. le maire ; Bricka, vice-président de la Chambre de commerce ; de Vignole, directeur de l’Inscription Maritime, de nombreux officiers de la garnison, ainsi que les membres de la Société des Mutilés et Anciens Combattants.
A l’issue de la messe célébrée par M. l’abbé Lefèbvre, M. l’abbé Boulet, vicaire à Harfleur, ancien combattant, sur la poitrine duquel sont épinglées de glorieuses décorations gagnées au cours de la guerre, monta en chaire et prononça une allocution d’une très grande envolée patriotique et d’une foi religieuse sincère et émouvante.
M. l’abbé Boulet, commençant son allocution, adressa des remerciements à l’Association des Mutilés et Anciens Combattants, qui l’avait prié, de venir rendre hommage aux poilus, ses camarades, tombés au cours de la terrible croisade pour laquelle ils étaient partis si bravement, s’arrachant d’un cœur presque léger à la vie de famille, pourtant si douce, renonçant aux plaisirs pour courir sur les champs de bataille défendre le sol sacré.
L’orateur rappela ensuite les actes de dévouement et d’héroïsme accomplis par les poilus pour rendre à la mère-patrie son sol, si brutalement et si déloyalement arraché par des hordes barbares.
Puis, s’adressant aux vivants, aux survivants, il les engagea à continuer à lutter pour la civilisation, car cette lutte n’est pas finie et ne peut être terminée tant qu’il y aura ici-bas des corps sans conscience et des cœurs sans pitié ; tant que l’humanité ne sera pas plus fraternelle.
Lorsque l’Association des Mutilés et Anciens Combattants pria M. l’abbé Boulet de prendre la parole à cette cérémonie pour célébrer le culte des morts de la grande guerre, elle ne pouvait faire entendre une voix plus autorisée que celle de ce prêtre qui, durant de longs mois, vécut parmi les combattants, partageant leurs misères, leurs souffrances et leurs rares joies.
Après cette vibrante allocution, M. l’archiprêtre Alleaume donna l’absoute.
Au cours de l’office, la maîtrise, sous la direction de l’abbé Hazard, chanta un De Profundis, de Martini, et le Domine Jesu Christe, de A. Bourdon.
Le grand orgue était tenu par M. A. Donnay et le petit orgue par M. lefebvre, organistes.
C’est aux accents de La Marseillaise, jouée au grand orgue, que s’effectua la sortie des manifestants.

Au Temple Israëlite

A 15 heures et demie, une cérémonie commémorative avait lieu également au Temple israélite de la rue du Grand-Croissant.
L’ « Association des Mutilés et Anciens Combattants de la grande guerre » y était représentée par M. Rufenacht, président, et les membres du bureau, et la « Ligue des Poilus » par une délégation ayant à sa tête M. Cuynat, secrétaire.
Aux côtés de M. G. Lang, président et des autres représentants de l’ « Association culturelle israélite », on remarquait, en outre :
MM. E. Lang, premier adjoint au maire du Havre ; le commandant Lafaige de Gaillard, délégué du commandant d’armes et du colonel du 129e ; Bricka, vice-président de la Chambre de commerce ; Lévarey, bâtonnier de l’Ordre des avocats ; Hasselmann, représentant la Chambre des notaires ; Césaire Le Grand, proviseur du Lycée ; Léonce Petit, conseiller municipal, etc.
Des trophées de drapeaux décoraient le Temple, où était allumé, devant le lieu sacré, le candélabre symbolique. La cérémonie était présidée par M. le rabbin Liber, du Consistoire de Paris, venu avec le ministre efficient, M. Hirtz du temple de la Victoire.
Le rabbin lut des versets et des prières ; le ministre dit des invocations et les chants traditionnels.
D’une voix puissante et sûre dans le registre élevé, celui interpréta des chants magnifiques, en usage au cours de l’office de chaque samedi.
Puis M. Liber prononça un discours patriotique, après avoir salué le livre de la Loi, pris dans l’arche sainte, et récité les prières sabbatiques pour le peuple français et pour la république.
Il commente le psaume 108 de David, psaume d’actions de grâce, Te Deum israélite ; il se réjouit que le sabbat, jour de repos, de paix et de fête, coïncide, cette année, avec l’anniversaire de l’armistice, et il exalte les joies qui ont succédé aux épreuves et aux épreuves de la longue guerre.
Ayant rappelé les origines du Havre et la destinée des Israélites en France, il définit le sens de la cérémonie et salue la mémoire des glorieux morts qui se sont sacrifiés pour un grand idéal, pour la victoire, du pays et de la civilisation.
Tournant les yeux vers la plaque de marbre qui porte quinze noms de vaillants disparus, il constate que la plupart évoquent l’Alsace et la Lorraine au patriotisme vibrant et dont tant de fils se sont fixés au Havre.
Remarquant un nom algérien, il tient à faire l’éloge des troupes indigènes et à rendre hommage aux musulmans qui ont accompli leur devoir, comme les soldats des trois cultes associés au Havre pour la commémoration.
Il signale enfin un nom polonais et dit que dix mille juifs d’origine étrangère se sont engagés dans la grande lutte.
En cet anniversaire, il invite tous ses auditeurs à être par la pensée au carrefour de Rethondes.
Enfin il fait des voeux pour le voyage de M. Georges Clémenceau et il rend hommage à l’initiative de tous ceux qui ont travaillé pour établir la concorde entre les Français, en particulier à celle du grand Alsacien récemment disparu, dont la bonté s’est manifestée tant de fois au Havre.
Sa pieuse conclusion est suivie de nouveaux chants de M. le ministre Hirtz, qu’accompagne à l’harmonium M. Léon Dufy.
Puis l’assistance se retire, tandis que l’excellent musicien joue quelques mesures de La Marseillaise, et chacun donne son obole pour la caisse de secours de l’Association des Mutilés et Anciens Combattants de la grande guerre.

Au Temple Protestant

A 10 heures, de nombreuses personnes assistaient au service célébré à l’occasion de l’armistice. Des places, en avant, avaient été réservées pour les membres de l’A.M.A.C. et des anciens du 329e.
On remarquait parmi l’assistance : MM. Salacrou, adjoint représentant le Maire ; Bricka, vice-président de la Chambre de commerce ; Meslot, secrétaire général de la Sous-Préfecture, et diverses autres personnalités.
Après une Entrée par l’orgue, et les prières d’usage, M. le pasteur Granier, qui officiait, prononça un discours inspiré par une noble élévation d’âme, au cours duquel il rappela les circonstances inoubliables et présentes à la mémoire de tous qui caractérisent ce jour du 11 novembre 1918. Et c’est au milieu d’une indicible émotion que le pasteur lut le dernier communiqué, rédigé par le maréchal Foch lui-même.
Accompagné par M. Trassart, M. Gosselin, violoncelliste, interpréta excellemment la Sarabande, de Bach, puis M. le pasteur Lelièvre, prononça quelques paroles fort écoutées.
La Marseillaise fut alors entendue au milieu du plus profond recueillement et, enfin, les fidèles, émus par tant de belles et héroïques évocations, se retirèrent silencieusement pendant que M. Trassart exécutait, à l’orgue, une magistrale Sortie.

La Fête des Quartiers de la Poissonnerie, de la Gendarmerie et des Etats-Unis
Faisant preuve d’une louable initiative, le Comité de propagande de ces quartiers préparait, depuis quelques temps, une fête populaire destinée à resserrer, entre les anciens combattants, à l’occasion de cette fête mémorable, les liens de fraternité et de cordiale sympathie qui les unissaient naguère.
Ce but fut pleinement atteint et, d’emblée, tous les habitants répondirent à l’appel des organisateurs. M. Meyer, lui-même, avait tenu à leur présenter ses félicitations.
Une petite réception fut donc improvisée sous le hall de la Poissonnerie et, à 11 h 30, MM. Prével, président des fêtes ; Cottard, président actif ; Le Prêtre, Bardin, vice-présidents ; Poupel, Carbon, Frantzen, etc. recevaient M. Meyer, qui était accompagné de MM. Lang, Salacrou, Barbey, Thivat, Gloux, Le Bègue, capitaine Laforest.
Au cours du vin d’honneur, des compliments et félicitations furent échangés entre M. le maire et le président du Comité.
M. Guillou, secrétaire de l’Œuvre des Orphelins, bénéficiaire des recettes de la fête, remercia en termes émus les organisateurs.
Pendant que les autorités remontaient en voiture, la clique du patronage Notre-Dame enleva avec brio quelques sonneries et ensuite donna une courte audition.
On retrouva cette intéressante phalange l’après-midi, au cours d’un concert-promenade qui eût du succès et où elle était accompagnée d’une Société de trompettes.
A 15 heures, un concert vocal et instrumental fut donné dans la Poissonnerie, qui était bondée de spectateurs. De nombreux artistes se firent applaudir, notamment MM. Eyram, Renessens, Gourdiflot, dans ses paysanneries non dépourvues d’originalité, Mario de Verneuil, fin diseur, Mlle Daxonne, douée d’une voix pure et agréable.
De plus, une pièce militaire en un acte, l’Engagé, de M. René Suirac fut enlevé avec entrain par MM. Gourdiflot, Mario de Verneuil et Eyram.
Enfin toute la nuit dans le quartier tout illuminé, retentirent les échos de la gaité qui animaient les deux bals installés dans la Poissonnerie et place de la Gendarmerie.

LA SOIREE

Notre ville a présenté de l’animation une partie de la soirée.
Bon nombre de nos concitoyens, profitant de la température clémente, effectuèrent une promenade à travers les principales artères. Comme la veille, les bâtiments municipaux et nationaux étaient illuminés, ainsi que plusieurs établissements particuliers, dont certains avaient reçu une décoration lumineuse d’un fort bel effet.