Publié : 3 septembre 2013

[1922-1] Le Havre : De la loi à la fête nationale / Von Gesetz bis zum Nationalfeiertag

Source / Quelle : AMH - 4Mi417

Le Petit Havre 42e année n°15059 Samedi 11 novembre 1922

LA FETE DE L’ARMISTICE

Ce n’est que le 26 octobre dernier, après bien des fausses manœuvres regrettables à la Chambre, que le Journal Officiel a publié une loi décidant enfin que le 11 novembre serait jour de fête. Et encore jusqu’à celle(sic) dernière semaine, les pouvoirs publics paraissaient hésiter à lui donner complètement le caractère de jour « férié ». C’est ce qui explique, sans doute que la fête de l’armistice n’ait pu être mieux préparée cette année.
Car, à nos yeux, il n’est pas de plus grande fête. La fête du 14 Juillet nous rappelle des souvenirs historiques, grandioses certes et qu’on ne saurait trop garder présents à l’esprit de la démocratie. Mais, précisément, c’est l’esprit, peut-on dire, qui est mis en éveil dans cette commémoration de la Révolution. Dans la commémoration de l’Armistice, c’est le cœur tout entier qui vibre, dans l’évocation d’événements tout proches, d’événements que nous avons nous-mêmes vécus.
Ah ! Qu’elle était belle la première fête de l’armistice, celle du 11 novembre 1918 ! En ce qui nous concerne, nous n’avons eu que plus tard les échos de la joie publique mais, par le cœur, nous avions communié avec tout le pays, dans le petit village où notre unité cantonnait ce jour-là, non loin du point où les plénipotentiaires allemands avaient traversé les lignes françaises.
L’armistice ! Nous nous souviendrons toujours du réveil aux accents de La Marseillaise. Le jour de gloire était arrivé ! Et c’était bien la victoire, célébrée par l’hymne révolutionnaire, des peuples libres sur les empires ! Nous nous souviendrons toujours du recueillement ensuite, dans lequel on attendait l’heure fatidique où le feu allait cesser ! Onze heures ! Enfin, la tuerie est finie ! Enfin, les femmes n’ont plus à trembler pour la chair de leur chair et pour tout ce qu’elles aiment ! Enfin, l’humanité reprend ses droits !
Quatre années ont passé depuis. Sans doute, la victoire est moins belle qu’on ne croyait, et l’humanité s’est moins ressaisie qu’on ne l’espérait ! Mais ce n’est pas une raison pour ne pas fêter l’anniversaire de l’armistice ; au contraire, il faut en profiter pour puiser largement dans les sentiments d’alors l’espoir d’un avenir meilleur.
Souvenons-nous, en particulier, que ce jour-là les Français de toute classe et de toute opinion ont fraternisé complètement et jurons de ne plus permettre que jamais des jours reviennent où ils se traitent en ennemis les uns des autres.

C.-J.