Publié : 3 septembre 2013

[1919-B] Le Havre : Fête de la Victoire / Siegesnationalfeiertag

Source / Quelle : AMH - 4Mi403

Le Petit Havre 39e année n°13852 Mardi 15 Juillet 1919

Le Havre rend hommage aux Héros

Revue de Troupes françaises et britanniques

Remise de décorations

La revue militaire est toujours la grande manifestation officielle du 14 Juillet. Cette année, on fêtait à la fois les faits mémorables de la grande Révolution et les exploits glorieux de vainqueurs de la guerre 1914-1918. Les circonstances n’ont pas permis, hélas ! de donner, au Havre, tout l’éclat désirable à la cérémonie ; on a regretté l’absence de notre beau régiment, le 129e, dont le retour aura lieu sans doute prochainement et auquel la population havraise veut témoigner sa sympathie, son admiration et sa reconnaissance.
Le nombre des spectateurs était néanmoins considérable, tout le long du boulevard de Strasbourg, jusqu’à la place de l’Hôtel de Ville, qui avait été envahie par la foule. Comme d’usage, de nombreuses cartes avaient été délivrées pour les fenêtres de la maison communale et la cour d’honneur. De hardis curieux ont même réussi à se placer sur les toits de l’édifice.
A droite de la vaste tribune spécialement édifiée, se sont groupée les mutilés de guerre et, à gauche, les officiers et les délégués de Sociétés patriotiques.
L’important service d’ordre était bien dirigé par le chef de la gendarmerie, M. Sireau, et par MM. Chemin, lieutenant, et Minard, sous-lieutenant de la police municipale.
Dans la tribune, aux places d’honneur on remarquait :
MM. Jozon, sous-préfet du Havre ; le docteur Vigné, Jennequin, Badoureau, Basset, Maillart et Durand-Viel, adjoints au maire du Havre ; Patrimonio, président du Tribunal Civil ; G. Lafaurie, président du Tribunal de Commerce ; J. Couvert, Bricka, et de Querhoent, vice-présidents, Lesauvage, Toutain et Windesheim, membres de la Chambre de Commerce ; Acher, Debreuille, Meyer et Pèzeril, conseillers généraux ; Carbonnier, vice-président ; Roussel, Coty et Masselin, conseillers d’arrondissement ; J. de Coninck, ancien adjoint, vice-président de la Caisse d’Epargne ; Harry-L. Churchill, consul de Grande-Bretagne, doyen et la plupart des membres du corps consulaire havrais ; Thomas, chef des services de l’Inscription maritime ; les capitaine de frégate Le Tiec et Caill ; le commandant Ducrot ; David, vice-président du Tribunal ; Henriet et Valades, juges.
Joly et Oustrières, substituts du procureurs de la République ; Léon Thomas, président général ; A. Bertre et Delanoë, membres du Conseil des Prud’hommes ; Thoams, maire de Graville ; Vavasseur, maire de Sanvic ; Pilchon, adjoint au maire de Sainte-Adresse ; Labbey, maire de Bléville ; Augier, Beurrier, Brot, Encontre, Grenier, Lemarchand et Salacrou, conseillers municipaux ; Lesout, secrétaire général de la Sous-Préfecture ; Suhner, chef du service colonial ; Corbeau, ingénieur des Ponts et Chaussées ; Boesdecher, ingénieur des mines ; Berson, proviseur du Lycée ; Risson, inspecteur primaire ; Beugin, receveur des finances ; Olry, receveur des télégraphes ; Davrainville, directeurs des tabacs ; Artigues, commissaire central ; Gauthier, Givais, Antoine et Frambourg, commissaires d’arrondissement ; Bataillé, commissaire-chef de la sûreté et la plupart des autres chefs de services municipaux.
A 9 heures et demie, M. le contre-amiral Didelot arrive en automobile ; il est accompagné des officiers de son état-major, notamment des capitaines d’Aboville et Lemonnier. Sont également présents : le général Deruette, commandant la Place belge du Havre ; le général Burrows, commandant la Base britannique, et le général commandant les brigades cantonnées à Harfleur ; le capitaine Bushman, commandant la Base américaine ; le colonel Dordé, chef d’état-major ; le colonel James martin, major de la garnison ; de nombreux autres officiers français et alliés.
Après les présentations d’usage, le gouverneur du Havre passe, avec les officiers supérieurs, devant le front des troupes alignées sur la place et le boulevard ; les troupes de l’armée britanniques sont superbement massées devant l’Hôtel de ville. Le contre-amiral s’arrête fréquemment pour complimenter les officiers et soldats décorés.
L’excellente musique du 36e régiment d’infanterie, que dirige avec talent le sous-lieutenant Proux, joue La Marseillaise et le God Save the King, dont l’interprétation est fort appréciée.
Après la revue, la musique et les officiers légionnaires viennent en face de la tribune officielle et, avec le cérémonial d’usage, le contre-amiral Didelot proclame les noms des 2 nouveaux officiers et des 13 chevaliers de la Légion d’honneur et épingle les croix. On applaudit longuement et on écoute quelques mesures de La Marseillaise.
Il est ensuite procédé à la remise de 69 médailles militaires et 82 croix de guerre. Certaines de celles-ci sont reçues par les parents de glorieux morts pour la France et la cérémonie est, de ce fait, très émouvante. Entre temps le général Deruette remet, au nom du roi Albert-Ier, la croix de guerre belge au sous-lieutenant Carel, du parc d’artillerie divisionnaire, et le complimente pour sa conduite héroïque. La musique du 36e interprète alors La Brabançonne qu’on est heureux d’applaudir.
A l’issue de la remise des Croix de guerre, on entend l’hymne américain, puis le défilé commence. Le contre-amiral et les autres officiers supérieurs prennent place sur une estrade, à l’extrémité gauche de la tribune, et une habile musique anglaise joue une marche entraînante.
Le passage d’une section de marins britanniques et d’un bataillon, à quatre compagnies, de troupes de la Grande-Bretagne, avec drapeaux, provoque de longues acclamations. On admire la belle prestance, l’allure vraiment martiale de nos Alliés. Les marins qui sont coiffés d’un chapeau de paille blanc appartiennent à l’équipage des destroyers 4.34 et 4.8 qui ont amenés d’autres marins pour le défilé de Paris.
A leur tour, défilent, sous le haut commandant du commandant de Goys, du 129e, les détachements français. Les bataillons du 36e et 129e d’infanterie, suivis des mitrailleuses et les sections des marins du front de mer sont également l’objet de l’ovation de la foule, tandis que la musique du 36e joue brillamment Sambre-et-Meuse. L’enthousiasme des spectateurs est à son comble et se manifeste par de fréquents et chaleureux cris. Le fanion du 36e porte la Croix de guerre et la fourragère.
On voit enfin l’intéressant défilé de pelotons de gendarmerie, ayant à leur tête le capitaine Soyer et l’adjudant Dubois, et de la compagnie de sapeurs-pompiers avec trois chariots, deux auto-pompes et la grande échelle, sous le commandement du capitaine Ronsiaux, du lieutenant Laforest et du sous-lieutenant David.
Il est onze heures et demie quand a lieu la dislocation, les troupes britanniques gagnant le boulevard de Strasbourg, et les troupes françaises la rue Thiers pour rejoindre leurs canton(sic).
Malgré la pluie qui a singulièrement attristé la cérémonie, tous sont satisfaits d’avoir rendu hommage aux héros et participé à la fête de la Victoire, de la paix et de l’espérance.

L’Aspect de la Ville

Dès le matin, la parure d’étamines qui donnait à notre cité un aspect si réjouissant pour l’oeil s’est trouvée rapidement et brillamment complétée par le concours qu’apportait la marine à célébrer la gloire des armées alliées. Les sémaphores avaient arboré leurs grands pavois et, tous les navires présents dans le port, ayant hissé le pavillon national au grand mât, s’étaient couverts des séries de drapeaux du code maritime.
Et sous la forte brise d’Ouest toutes ces étamines claquaient follement, mêlant l’éclat joyeux de leurs couleurs vives.
Malgré la pluie, nombreux furent nos concitoyens qui, durant toute la journée, parcoururent nos rues pour admirer la parure de la ville et se mêler à l’allégresse qui régnait dans les pensées de la plupart de nos concitoyens.
Nos alliés s’associèrent à l’allégresse générale et c’est ainsi que des troupes coloniales britanniques se promenèrent en groupe par la ville avec des drapeaux français et anglais, et, au son des guitares, des basses, des benjos ont dansé follement sur les places, notamment place Gambetta.

Pour les Orphelins de la Guerre

Pendant les journées des 13 et 14 juillet, de nombreuses jeunes filles n’ont cessé de circuler par nos rues, offrant des fleurs, des médailles, des bibelots divers et des cartes reproduisant le dessin de la belle affiche spéciale et le touchant poème de M. Jean Dog.
L’amabilité des vendeuses devait avoir le meilleur résultat ; du reste, point n’était besoin d’insister auprès de nos concitoyens qui tenaient à accomplir un devoir patriotique, en répondant à l’appel du Comité Havrais de l’Oeuvre des Pupilles de l’Ecole publique. Nous souhaitons que la recette de ces journées de fête permette de faire beaucoup de bien et soit pour les organisateurs le plus précieux encouragement à continuer leur noble et salutaire tâche.

LA SOIREE

Malgré le vent et la pluie, un public nombreux, très nombreux, a parcouru nos rues pour voir les illuminations et assister aux feux d’artifices organisés par les Comités de quartiers.
Ces fêtes pyrotechniques, malgré les ressources réduites dont disposaient les organisateurs, ont présenté un réel intérêt.
Celui qui eut lieu sur l’esplanade Albert-Ier, sous les auspices du comité Saint-Vincent-de-Paul, comportait en effet un certain nombre de tourniquets, d’ifs étincelants accompagnés de jongleries de boules multicolores d’un bel effet décoratif.
Les fusées, bien que contrariées par le vent, émettaient dans le ciel des myriades de points lumineux de toutes nuances, et l’on admira tout spécialement d’imposantes astéries dorées et de délicates flammes blanches qui semblaient être autant de larmes d’argent tombant de la voûte céleste.
Au Rond-Point, le Comité avait réservé pareille surprise aux habitants du quartier, et le résultat ne fut pas moins brillant.
Bouquets et soleils éblouissants, gerbes et fontaines lumineuses, multicolores, produisaient un effet vraiment féérique et, grâce à l’habileté de M. Guérard, rappelaient les plus beaux-jours d’avant-guerre.
Vers minuit, sous la direction du même artificier, une fête de pyrotechnie eut lieu sur la côte d’Ingouville, au-dessus de la place Thiers, et fut un véritable émerveillement par la multiplicité et l’éclat des pièces d’artifice.
Cette fois encore, l’artificier Guérard a fait valoir son art pyrotechnique avec beaucoup de succès.
Comme il est aisé de la concevoir, les illuminations étaient encore plus importantes que celles de la veille. […]
On a beaucoup admiré également l’embrasement de l’Hôtel de Ville au moyen de flammes de bengale rouges, qu’accompagnaient des groupes de fusées tricolores formant bouquet.
Naturellement on a dansé, avec un entrain renouvelé. Soit que ce fut aux Halles, ou à l’Hôtel des Sociétés, ou place Saint-François ; place Chanzy, place Saint-Michel, ou rue d’Arcole, partout on a tournoyé follement et le courage des danseurs n’a eu pour limite que l’essoufflement des musiciens.
Sur le boulevard Albert-Ier des soldats anglais avaient même transporté un piano dans la rue, et l’un d’eux se plut à faire danser ses compatriotes et les nôtres.
Et c’est ainsi que par toute la ville, la circulation et la gaieté furent intenses pendant toute le nuit.