Publié : 3 septembre 2013

[1919-A] Le Havre : Fête de la Victoire / Siegesnationalfeiertag

Source / Quelle : AMH - 4Mi403

Le Petit Havre 39e année n°13851 Lundi 14 Juillet 1919

LA JOURNÉE D’HIER

Hommage aux Morts pour la France

Le souvenir des morts glorieux devait être associé d’une manière touchante aux fiers sentiments inspirés par la célébration des fêtes de la Victoire. Nous ne saurions, au milieu des réjouissances légitimes, oublier le sacrifice de tant d’hommes jeunes qui avaient le droit de compter sur un bon avenir de bonheur et dont la guerre a soudain détruit toutes les espérances.
Il n’a pas été possible de rendre au Havre un hommage grandiose de notre gratitude et de nos affections attristées à la mémoire des courageux combattants disparus ; néanmoins l’autorité militaire a remis des diplômes aux familles de 800 soldats et marins morts pour la France.
A l’occasion de cette remise, une messe était célébrée, à 11 heures trois quarts du matin, dans la vieille église Notre-Dame, M. le chanoine Alleaume, archiprêtre du Havre, avait adressé un certain nombre d’invitations.
C’est pourquoi, aux premiers rangs de l’assemblée très nombreuse, on remarquait MM. Le contre-amiral Didelot, gouverneur du Havre ; Le Tiec, commandant du port ; divers officiers des armées française et britannique, MM. Henriet et de Montfleury, juges au tribunal, etc.
En une belle allocution, M. l’archiprêtre exprima éloquemment l’état d’esprit général. Il eut raison de dire que, durant cette fête nationale plus impressionnante qu’aucune autre, nous devons penser aux 1500 mille hommes qui ont payé de leur vie la victoire nécessaire.
Au cours du service religieux, M. A. Donnay, le distingué titulaire du grand-orgue, interpréta trois charmants morceaux de sa composition : Panis Angeliars, Angelus et Hymne du soir, avec le concours d’une délicieuse violonniste, Mlle Bernard. L’exécution de La Marseillaise marqua le commencement et la fin de l’émouvante et pieuse réunion.
La cérémonie militaire avait lieu, à 2 heures de l’après-midi, sous le péristyle de la Bourse, joliment pavoisé. Signalons la présence des personnalités suivantes : MM. Jozon, sous-préfet du Havre, le docteur Vigué, Basset et Durand-Viel, adjoints au maire ; Léon Meyer et Debreuille, conseillers généraux ; J. Couvert, président de la Chambre de commerce ; Beurrier, Grenier-Lemarchand et Masquelier, conseillers municipaux ; Berson, proviseur du Lycée ; Risson, inspecteur primaire.
Les honneurs étaient rendus par un détachement du 129e d’infanterie commandé par le capitaine Blondeau.
A l’arrivée du gouverneur du Havre, la clique se fit entendre pour ouvrir le ban, selon l’usage, puis il fut procédé simplement à la remise des diplômes aux 800 personnes convoquées, par le contre-amiral Didelot, assisté du capitaine d’Aboville ; par le colonel Besançon, commandant du parc d’artillerie, secondé par le capitaine Lemonnier ; par le colonel Dorde, chef d’état-major, qu’assistait le sous-lieutenant Pecqueur.
Le capitaine Soyer, commandant la gendarmerie de l’arrondissement et de nombreux autres officiers de la garnison assistaient à la cérémonie.
La funèbre cérémonie se termina vers trois heures, très simplement comme elle avait commencé. La clique du 129e ferma le ban et le gouverneur du Havre se retira, après avoir été salué par les personnalités présentes.

L’ornementation de la Ville

Après cinq années nous avons vu à nouveau parer nos rues et nos édifices publics ainsi que cela se faisait avant guerre.
Certes, pour des raisons d’ordre financier, il n’a pas été possible de renouveler cette année les splendeurs ornementales qui marquèrent jadis nos grandes manifestations populaires, et il a fallu limiter les décorations aux principales voies publiques et aux monuments les plus importants de la cité.
Naturellement notre Maison de Ville avait reçu son beau décor d’étamines. A toutes les fenêtres et aux frontons de l’édifice flottaient les drapeaux de la France et de ses alliés.
A la Bourse, des mâts vénitiens et des panoplies de drapeaux ornaient la façade.
A toutes les fenêtres de la caserne des Douanes flottaient les couleurs françaises, pendant qu’aux casernes Eblé et Kléber dont les grilles d’entrée étaient ornées de feuillage, des écussons et des drapeaux des nations amies formaient d’élégants ensembles.
Le pavillon du gouverneur était également très décoré.
Il en était de même aux hôpitaux, aux offices de toutes nos compagnies de navigation, dans les banques.
Parmi les drapeaux arborés aux bureaux de la maison Woams on remarquait notamment le drapeau de la république polonaise, le seul sans doute qui fut dans notre ville.
Tous les Consulats avaient arboré leurs pavillons nationaux.
La Municipalité avait en outre fait dresser place de l’Hôtel de Ville et place Gambetta, les grands mâts et les écussons décoratifs.
Dans toutes les principales voies, accrochés aux poteaux des tramways, les cartouches aux armes de la Cité, ou au chiffre de la République, portaient des panoplies chatoyantes, notamment dans la partie médiane du boulevard de Strasbourg.
Il n’est pas jusqu’à nos jardins publics qui pour la circonstance n’aient reçu une ornementation particulière.
Toutes les corbeilles ont été garnies de fleurs nouvelles qui constituent une parure de grâce exquise.
Au square St-Roch, des guirlandes de globes multicolores s’accrochant aux arbres complètent la décoration exceptionnelle de ces jours de fête.
Dans ce square on remarque tout particulièrement au milieu d’un massif, posé sur un socle qu’entourent des drapeaux, le joli buste de la République dû au vigoureux talent de notre concitoyen M. Robert Largesse.
C’est une œuvre largement traitée que nous avons jadis reproduite dans nos colonnes. Primé dans un concours en 1910, ce buste fut ensuite reçu aux Artistes Français. Il témoigne de la haute valeur d’un artiste qui, au cours de sa captivité en Allemagne, a sculpté pour les cimetières où reposent ceux qui furent ses compagnons d’infortune, deux œuvres véritablement puissantes.
Dans les différents quartiers les Comités ont paré de leur mieux les rues et les places.
Sous les Halles-Centrales, c’était une profusion de torsades en papier, de lanternes vénitiennes, de feuillages. Tous les cafés du voisinage ont de même orné leurs terrasses improvisées de branchages empruntés aux bois voisins.
Rue d’Estimeauville, une banderole traverse la rue avec cette inscription : Vivent les Alliés !
Dans le quartier St-Vincent, comme à la cité Courtois, indépendamment des mâts vénitiens , des collections de drapeaux de fantaisie barrent les voies publiques.
Presque tous nos concitoyens avaient arboré le drapeau national et ceux de nos Alliés.
A l’hôtel de M. Brindeau, sénateur, les tapissiers avaient artistement disposé le long des balcons de lourdes tentures tricolores entremêlées de torsades de lierre.
Les bureaux de la base militaire britannique, par les soins des dames et demoiselles attachées à ce service, avait reçu une parure exceptionnelle. Sur tout le balcon qui court sur la façade de l’édifice, des branchages et des drapeaux avaient été heureusement disposés.
A la base navale britannique, à l’extrémité Sud du boulevard François-Ier, les gardes maritimes avaient tout naturellement utilisé les pavillons du code international pour orner l’édifice que surmontaient les trois pavillons blanc, rouge et bleu de la nation britannique.

Grande retraite aux flambeaux

La soirée du 13 juillet 1919 ne pouvait manquer d’être brillante. La retraite aux flambeaux, organisée pour fêter à la fois les actes de la Révolution et les conséquences de la Victoire, était attendue comme une réjouissance extraordinaire. Aussi, bien avant le départ, des milliers de curieux arrivaient-ils par toutes les rues conduisant à la Chaussée des Etats-Unis, pour voir le joyeux cortège.
Près de l’anse des pilotes, dont l’aspect est si beau, si pittoresque, près du Musée et des vieilles maisons qui évoquent les anciens jours de la cité, la moindre manifestation doit avoir un caractère particulièrement festif et local. C’est là qu’étaient réunis la Fanfare Gravillaise, le Groupe Amical des Trompettes du Havre et la Société Havraise des Tambours et Clairons, avec les porteurs de motifs lumineux, de lanternes et de torches. Le service d’ordre était assuré au mieux par la police municipale, sous les ordres des adjudants Doré et Nolent.
A 9 heures et demie, le cortège se met en marche, aux acclamations de la foule et aux sonneries des tambours et clairons. Bientôt la Fanfare que dirige avec talent M. Le Flem, fait entendre des morceaux populaires, notamment Sambre et Meuse, Les Albroges(sic), Le Défilé de la Garde.
Par la rue de Paris, sous une voûte de lumière, on gagne l’Hôtel de Ville qui semble une immense pièce d’artifice ; le spectacle est aussi grandiose que réjouissant.
Le cortège lumineux s’engage alors dans la rue Thiers ; l’enthousiasme ne saurait décroître et la joie populaire ne cesse de se manifester jusqu’au Rond-Point, où le Comité de quartier a eu l’heureuse idée de préparer une magnifique illumination.
Tout le long du cours de la République et à l’entrée du boulevard de Strasbourg, la foule est toujours aussi considérable.
On chante, on crie, on se réjouit des auditions successives. La fanfare joue avec un égal brio : Joyeux Trompette, Le Tram, Paris-Belfort, Salut au 85.
Devant l’Hôtel du Gouverneur, elle interprète La Marseillaise.
On s’arrête devant la Sous-Préfecture pour entendre quelques mesures de La Marseillaise, puis on gagne l’Hôtel de Ville.
Le cortège entre dans la cour d’honneur où est donné un petit concert. Les tambours et clairons ainsi que les trompettes se font agréablement entendre ; ensuite la fanfare joue de nouveau La Marseillaise. Il va être 11 heures ; de nouvelles sonneries joyeuses marquent la fin de la manifestation.