Publié : 28 août 2013

[1920-2] Le Havre : Première fête nationale / Erster Nationalfeiertag

Source / Quelle : AMH - 4Mi408

Le Petit Havre 40e année n°14336 Vendredi 12 novembre 1920

Une : LES FETES DE LA REPUBLIQUE VICTORIEUSE

Au Havre

Les Havrais avaient déjà fêté le Cinquantenaire de la République. Au mois de septembre, une manifestation mémorable leur a permis de montrer leur attachement au régime et leurs convictions républicaines. Hier, ils avaient donc le droit de célébrer, particulièrement, l’anniversaire de l’Armistice.
Certes, nul ne saurait oublier le 11 novembre 1918, date glorieuse, qui marquait la fin d’une longue et terrible guerre et inspirait les plus belles espérances. Tous se souviennent de la joie délirante que provoqua la nouvelle tant désirée, impatiemment attendue. La satisfaction générale pouvait se traduire par ces quelques mots : « on ne se bat plus ! » ; la douloureuse épreuve était terminée et la vie allait redevenir plus douce pour bien des cœurs.
Nous devons nous réjouir de cet anniversaire mais sans négliger les devoirs que nous impose le patriotisme. Chaque jour, il nous faut continuer la rude tâche commencée et, par la solidarité de tous les concours, travailler au relèvement du pays.
Les occasions de manifester notre solidarité sont innombrables, et, hier, nous avons pu la traduire par des gestes de reconnaissance, d’abord à l’égard des mutilés et anciens combattants, des insignes étant vendus au profit de leur œuvre, et, d’autre part, après la revue qui avait donné l’occasion de songer aux glorieux disparus et de sympathiser avec les familles en deuil, les Havrais se sont préoccupés de l’Emprunt National et ont tenu à participer à une souscription, grâce à laquelle pourra être poursuivie la lutte économique, qui est une conséquence logique de la victoire.
Par l’accomplissement de ces devoirs, les manifestations du 11 novembre ont pris un sens vraiment élevé et, malgré la tristesse d’une très sombre journée d’automne, l’anniversaire de l’armistice a été pour notre cité une belle et noble fête.
La Revue
Toute fête nationale doit être marquée par une revue militaire. Cette manifestation avait attirée beaucoup de nos concitoyens ; mais, hélas ! le temps, qui avait tant de charme depuis bien des semaines, ayant changé soudain, c’est sous la pluie, sous le ciel brumeux et triste, qu’a eu lieu le défilé traditionnel.
En face de l’Hôtel de Ville, brillamment pavoisé, avait été édifiée, comme d’usage, une longue tribune d’honneur ornée de tentures rouges et de trophées de drapeaux ; de chaque côté, prirent place les représentants de l’Association des Mutilés et des Anciens Combattants de la grande guerre et des autres Sociétés patriotiques locales. Devant l’édifice municipal, près de la grille, étaient groupés des parents de glorieux morts et d’anciens combattants.
Parmi les notabilités présentes à la tribune, citons :
MM. Jozon, sous-préfet ; Léon Meyer, maire du Havre ; le vice-amiral Didelot ; Acher et le docteur Protichet, conseillers généraux ; Hattu, Président du Tribunal Civil ; Beaugrand, procureur de la République ; Bricka, 1er vice-président de la Chambre de Commerce ; Lang, Deliot, Patrimonio, Salacrou et Thomas, adjoints au maire ; Maillart, ancien maire ; Arnaud Tizon, Aug. Bayle, Arsène Leconte, Preschez, conseillers d’arrondissement ; les conseillers municipaux ; Churchill, consul de Grande-Bretagne et les autres membres du corps consulaire.
MM. Aubourg, G. Gaillard, Doublet, Masquelier, Tinel, membres de la Chambre de Commerce ; H. Caillard, juge au Tribunal de commerce ; David, vice-président du Tribunal civil ; Jean de La Houssaye et Joly, juges au siège ; Oustrières, substitut du procureur ; Lecarrié, directeur des douanes ; Savigny, agent général de la Compagnie des Chargeurs Réunis ; Le Tiec, commandant du port ; Franck Basset, bâtonnier de l’ordre des avocats, Césaire Legrand, provieur du Lycée, Risson, inspecteur principal ; Olry, receveur des télégraphes ; Le Bourhis, ingénieur du 1er arrondissement des Ponts et Chaussées.
MM. Chevreau, inspecteur principal des chemins de fer de l’Etat, à la gare du Havre ; Sauinier agent-voyer d’arrondissement ; Lesout, secrétaire général de la sous-préfecture ; Gas, secrétaire général de la Mairie et les chefs de services ; Italiani, commissaire spécial ; Artigues, commissaire central ; Givais, Gauthier, Cannet, Frambourg, commissaires d’arrondissement ; Bataillé, commissaire, chef de la sûreté ; Crespin, suppléant du juge de paix ; Pépin, conseiller prud’homme, etc., etc.
MM. Chemin, capitaine des gardiens de la paix ; Minard, lieutenant, et Lefèvre, sous-lieutenant, dirigeaient le service d’ordre.
Les abords de la place sont occupés par des milliers de spectateurs ; la cour d’honneur et les fenêtres de l’Hôtel de Ville sont, pour d’autres, des places de choix ; enfin des curieux ont escaladé les grilles où[sic] sont grimpés sur le tank, d’où ils ont une vue d’ensemble.
Les troupes sont massées sur le boulevard de Strasbourg, dans la direction de la mer.
A 10 heures exactement, le commandant d’armes, le capitaine de vaisseau de Meynard arrive devant la tribune d’honneur, tandis que les tambours et clairons jouent Aux Champs. Il est reçu par le lieutenant-colonel Le Hagre, le nouveau commandant du 129e d’infanterie, qui lui présente les troupes, un groupe de musiciens, dont le chef est M. Levasseur, directeur du Cercle Musical Havrais, interprète alors la Marseillaise que tout l’assistance écoute respectueusement.
Puis les officiers décorés et les drapeaux des sociétés d’anciens combattants viennent se placer devant l’entrée principale de l’Hôtel de Ville ainsi que les personnes qui vont recevoir des décorations à l’occasion de la fête. Après un morceau de circonstance joué par la musique, les tambours et les clairons du 129e ouvre le ban et le commandant d’armes remet, avec le cérémonial d’usage, trois croix d’officier de la légion d’honneur et huit de chevaliers, dont deux à des parents de morts au champ d’honneur.
Il procède ensuite à la remise de sept médailles militaires, dont quatre à titre posthume, et le ban étant fermé, à celle de nombreux diplômes commémoratifs pour des familles qui portent un deuil glorieux.
Cette cérémonie, très simple et très touchante, produit une forte impression sur tous les spectateurs.
Vers 10 heures et demie, la musique s’étant faite de nouveau entendre, le défilé a lieu, tambours et clairons rythmant la marche des soldats. On voit passer successivement le 129e ayant à sa tête le lieutenant-colonel de La Hagre et dont les hommes marchent en bon ordre, par rangs de six, suivis des mitrailleuses ; les fusiliers-marins dont plaît toujours le sobre un uniforme ; les gendarmes à cheval, commandés par un lieutenant ; la compagnie des sapeurs-pompiers avec les auto-pompes, une pompe à vapeur, la grande échelle et des fourgons, sous la direction du capitaine Ronsiaux.
C’est la fin du défilé ; la dislocation va avoir lieu, les troupes regagnent leurs cantonnements. Malgré le mauvais temps, la foule n’a cessé d’être nombreuse et enthousiaste et d’aimables jeunes filles, accueillies avec empressement, n’ont cessé de vendre des fleurs symboliques et des médailles commémoratives ornées de rubans tricolores au profit de l’Association des Mutilés et des Anciens Combattants de la Grande Guerre, groupement très important et très digne d’intérêt ; les aimables vendeuses recevront du reste le même accueil toute la journée.

La Décoration de la ville

Malgré le temps grisâtre et les averses passagères, l’aspect de la ville était agréable à voir.
Comme de coutume, la Municipalité avait fait poser des cartouches supportant des faisceaux de drapeaux, sur les poteaux de tramways. Sur le boulevard de Strasbourg, on avait planté de grands mâts, portant, eux aussi, des trophées d’étendards aux couleurs nationales. Les édifices municipaux, Hôtel de Ville, Hôpitaux, Hôtel des postes, sous-Préfecture, Palais de Justice, Gare, etc. avaient reçu leurs parures ordinaires.
La Bourse, les ponts et les chaussées, la caserne des douanes, les Sémaphores, étaient joliment pavoisés.
La plupart des consulats avaient arborés leurs couleurs nationales.
Un grand nombre de nos concitoyens avaient tenu à prendre part à la décoration de notre ville : aussi remarquait-on pas mal de commerçants et même de maisons particulières dont les façades s’ornaient de drapeaux ou de guirlandes.
Dans la soirée, comme la veille, les illuminations brillaient dans tous mes quartiers.
L’Hôtel de Ville, dont les rampes dessinent les arêtes, scintillaient de mille feux. Dans la rue de Paris, la plupart des grands établissements avaient leur ornementation particulière. On appréciait notamment, celle du Grand Cercle Républicain, la Société Générale, les Galeries du Havre, Tortoni, Majestic, France Lumière, les Chaussures André, le Grand Bazar, le Kurssal-Cinema, etc.
Le boulevard de Strasbourg, lui aussi, avait revêtu sa toilette des grands jours. Après les illuminations des cinémas Pathé et Select Palace, on remarquait celle des diverses banques, des compagnies de navigation, de la Sous-Préfecture, de la Bourse, des bureaux du Petit Havre, de l’Hôtel des Postes, etc.
Certaines maisons particulières avaient arborés des guirlandes de lanternes vénitiennes.