Publié : 20 août 2013

[1919-2] Le Havre : Premier anniversaire / Erster Geburtstag

Source / Quelle : AMH - 4Mi404

Le Petit Havre 39e année n°13972 Mercredi 12 novembre 1919

UN AN APRES

L’Armistice qui avait été fêté l’année dernière au milieu de la plus grande liesse populaire, n’a été commémoré au Havre, en dehors du pavoisement de l’Hôtel de Ville, que par un service funèbre célébré par le « Souvenir Français » en l’honneur de nos soldats – et c’est bien ce qui convenait à une époque où l’enthousiasme de la victoire a fait place aux soucis d’une paix difficile, et où l’anniversaire de l’armistice nous rappelle surtout, avec la fin du carnage, ceux qui en ont été les glorieuses victimes.
Puisse, du moins, ce rappel, auquel tout nous convie depuis le début du mois de novembre, être durable ! Car il semble bien, si douloureuse que cette constatation puisse être, un an après seulement, que nous ayons besoin de rappel pour nous souvenir des morts. On permettra au laïque impénitent qui tient la plume de dire combien il a été ému d’entendre M. l’abbé Alleaume dénoncer, dans son allocution de Notre-Dame, l’état d’abandon dans lequel se trouvent les tombes de nos soldats dans notre propre cimetière, tout en félicitant le « Souvenir Français » d’avoir décidé de remédier à cet état de choses.
Le Comité havrais du« Souvenir Français » a, en effet, pris une initiative que nous avons déjà fait connaître à nos lecteurs en publiant son appel à la Toussaint. Evoquant la pieuse tradition des visites au cimetière, il disait que nos concitoyens constataient malheureusement, à cette occasion, que notre cimetière militaire était loin d’être ce qu’il devrait et que les tombes de nos soldats n’étaient trop souvent dignes ni de ceux-ci ni d’une ville comme la nôtre et il faisait connaître, en ces termes, son projet :
« Emu de cette situation, le Comité du Souvenir Français a décidé, à l’unanimité, de s’adresser à la générosité et au patriotisme de tous, pour une souscription exceptionnelle, devant permettre d’enlever à un grand nombre de tombes leur caractère d’abandon et d’y élever des croix de chêne d’un modèle uniforme rappelant celles qui donnent au cimetière britannique un aspect spécial d’ordre et de dignité. »
Nous n’avons pas cru pouvoir mieux faire en ce jour que de répéter cet appel et de presser nos lecteurs, s’ils ne l’ont déjà fait, à envoyer leur contribution, petite ou grande, au trésorier du Comité, 7 rue de la Paix.
Ils sont un millier qui attendent les soins de notre sollicitude dans le cimetière Sainte-Marie. Si la victoire ne nous a pas apporté toutes les satisfactions que nous escomptions, un peu à la légère peut-être, ce n’est certes pas une raison pour être ingrat envers ceux qui nous ont épargné, en tout cas, les maux de la défaite – et le pire qui pourrait nous arriver c’est de perdre, avec le souvenir des morts, jusqu’au bénéfice des leçons de la guerre.
Caspar-Jordan

La Cérémonie du « Souvenir Français » à NOTRE-DAME

A l’occasion de l’anniversaire de la signature de l’armistice par les Allemands, le Comité havrais du Souvenir Français a fait célébrer un service funèbre consacré à la mémoire de nos soldats et de nos marins morts pour la Patrie.
L’église Notre-Dame, où avait lieu cette cérémonie, avait été décorée de drapeaux ; le chœur était tendu de drap noir et au milieu s’élevait un catafalque.
Un grand nombre de nos concitoyens avaient répondu à l’appel du Comité du « Souvenir Français » ; et dès avant dix heures, les autorités civiles et militaires venaient prendre place dans le chœur.
Parmi celles-ci, on remarquait : l’amiral Didelot, commandant d’armes de la place du Havre, et son officier d’ordonnance ; le colonel Weiller et la plupart des officiers du 129e d’infanterie ; MM. Louis Brindeau, sénateur ; Paul Guillard, conseiller général ; Bricka, vice-président de la Chambre de Commerce ; Podesta, représentant le Comité du Dernier Devoir ; lieutenant-colonel Masquelier, président, Loewenbruck et Bernard, vice-présidents, capitaine de la Jugannière, délégué, Chabot, trésorier du Comité du Souvenir Français ; capitaine Darmoncourt, président des Médaillés Militaires, capitaine de gendarmerie Soyer ; Randolet, administrateur délégué et Caspar-Jordan, rédacteur en chef du Petit Havre ; Potel, trésorier, et Blandin, porte-drapeau des Sauveteurs-Ambulanciers.
Le service funèbre a été dit par l’abbé Bellet et une allocution fut prononcé par l’abbé Alleaume. Celui-ci a rappelé que nous ne devions pas oublier les noms de nos vaillants morts.
Avant 1914, nous devions déjà évoquer le souvenir de nos coloniaux, qui ont porté la civilisation française chez les indigènes d’Afrique et d’Asie.

Anniversaire de l’Armistice

Le 11 novembre 1918, La France et ses Alliés apprenaient avec un légitime orgueil la complète victoire de nos armes et la signature d’un armistice sollicité par les Allemands.
Nul n’oubliera ce que fut cette journée qu’un temps merveilleux favorisa et quelle allégresse se répandit parmi le monde.
Les pouvoirs publics avaient songé à fêter solennellement ce glorieux anniversaire, mais en raison des prochaines élections et du fait que le traité de paix n’est pas encore ratifié par toutes les puissances, il a été décidé qu’aucune grande solennité n’aurait lieu cette année.
Quelques cérémonies funèbres et diverses réjouissances publiques ont néanmoins été organisées dans certaines villes.
Au Havre, un service en l’honneur des morts a été célébré en l’église Notre-Dame, l’Hôtel de Ville était pavoisé et la plupart des consulats avaient arboré le drapeau national.