Publié : 3 septembre 2013

[1924-2] Le Havre : Cérémonies religieuses / Kirchlische Feier

Source / Quelle : AMH - 4Mi426

Le Petit Havre 44e année n°15769 Mercredi 12 novembre 1924

L’anniversaire de l’armistice au Havre

Les Cérémonies Religieuses

Au Temple Protestant

La première des trois cérémonies religieuses organisées par l’ Association des mutilés et anciens combattants de la grande guerre, et au cours desquelles des caisses devaient être faites pour la caisse de secours, groupait, à 10 heures, au Temple de la rue du Lycée, des délégations et notabilités diverses :
Citons : MM. Patrimonio, adjoint au maire du Havre ; Ducreux, chef de bureau de la sous-préfecture, représentant M. Jozon ; l’officier d’administration de 1ere classe Jarris, délégué du commandant d’armes ; Bricka et Lafaurie, vice-présidents de la Chambre de commerce ; Kronheimer, consul de Tchéco-Slovaquie[sic] ; le capitaine de la Jugannière, délégué régional du Souvenir Français ; C. Le Grand, proviseur du Lycée.
Il y avait les drapeaux de l’A.M.A.C., des Anciens du 329e, de la section de la Fédération Nationale des Combattants belges, de la Flotte et de l’Entr’aide belge.
A ce service, assistaient MM. Les pasteurs Granier, Bost et Causse et le bureau de l’A.M.A.C. MM. Rufenacht, président ; Arioux et Bérard, vice-présidents ; Pottelet, secrétaire général ; Huet, trésorier général, etc.
M. le pasteur Granier, ayant lu des textes sacrés, l’assis,tance chanta un psaume, accompagné à l’orgue par M. Victor Trassard.
Puis, en une prière admirable, M. le pasteur Granier parla du recueillement qui s’imposait pour évoquer la gloire des disparus et comprendre le devoir des vivants.
Il dit les incertitudes de la paix et réclame en une invocation touchante l’effort des âmes vers la lumière et la justice.
Après un cantique de circonstance, M. le pasteur Causse commenta, à son tour, les enseignements de la guerre. Il oppose aux souffrances et aux tristesses les joies magnifiques de l’armistice ; mais il déplore une période de contradictions et de difficultés où les passions mauvaises sont menaçantes.
Il montra, d’une part, le perfectionnement des moyens de destruction et, d’autre part, la défense des principes et des traités en vue de la paix universelle.
Il constate dans chacun le même conflit entre l’idéal et le bas désir, entre les sentiments salutaires et les goûts matériels.
Considérant le dévouement, l’abnégation, la régénération par la paix, il exalte la noble sérénité exprimée dans les lettres de nos chers disparus et il précise les résolutions et les engagements généreux qu’il faut prendre en un jour consacré au glorieux souvenir.
Des prières et des chants s’harmonisèrent avec ces belles paroles, jusqu’à la fin de la cérémonie. M. Victor Trassard joua alors avec brio des mesures de La Marseillaise.

A l’église Notre-Dame

En cette vénérable église décorée et illuminée pénétra un nombreux cortège, où l’on voyait tous les drapeaux qui avaient participé à la manifestation de la place Gambetta.
Dans le chœur prirent place, vers midi, MM. Salacrou, adjoint au maire du Havre ; Meslet, secrétaire général de la Sous-Préfecture ; le capitaine de vaisseau du Petit-Thouars, commandant d’armes ; le colonel Le Hagre, du 129e ; Albert Dullose, conseiller général ; Bricka et Lafaurie, vice-présidents ; Masqueller et Thieullent, membres de la Chambre de commerce ; le commandant Maes, du recrutement ; la capitaine Soyer, de la gendarmerie ; Preschez et Brument, conseillers d’arrondissement ; Verstraeten, consul de Belgique ; Rufenacht, président, et les délégués de l’A.M.C.A.[sic] ; Govaerts, président de la Fédération belge ; les délégués des autres groupements patriotiques.
La messe fut célébrée par M. Leblanc.
C’est M. l’archiprêtre Alleaume, qui monta en chaire pour rappeler les grands souvenirs de la guerre.
Il s’attache d’abord à montrer que les vaillants qui ont subi les plus rudes épreuves, durant quatre années, ne peuvent avoir l’esprit de guerre et désirer une nouvelle catastrophe néfaste à la vie personnelle, à la vie familiale, à la vie sociale.
Condamnant un odieux impérialiste et faisant délicatement allusion aux traditions du foyer et de la race, il se plaît à définir l’esprit de victoire que doivent avoir les anciens combattants et qui porte d’abord à l’égalité.
Pendant la guerre, ceux qui avaient eu le plus d’avantages, ceux qui avaient mené la vie la plus heureuse, la plus facile, ont connu le même sort que ceux qui étaient habitués à peiner, à gagner difficilement, ouvriers ou paysans, le pain quotidien. Un tel rapprochement dans les tranchées laisse un profond souvenir.
L’orateur découvre aussi dans le véritable esprit de victoire une fierté nationale qui s’indigne avec raison de certaines manœuvres étrangères et veut à bon droit exiger plus de justice et de loyauté.
Il préconise encore une fraternité bienfaisante qui mette fin à de douloureux malentendus et rétablisse une entente utile, une union sacrée nécessaire pour la défense de la patrie et l’avenir d’une civilisation qui doit nous être chère également à tous.
C’est par ses vœux qu’il termina sa patriotique allocution.
Entre temps, la maîtrise, toujours remarquablement dirigée par M l’abbé Hazard at guidée au petit orgue par M. Jean Lefebvre, interprétait avec sentiment et sûreté un motet pour offertoire, De Profundis ciamavi et les admirables strophes composées pour le Te Deum, de la Victoire, en 1918, avec rappel de l’Hymne nationale[sic]
Ces deux œuvres du distingué chanoine Bourdon, qui est l’auteur du texte comme de la musique de la dernière, permirent d’apprécier le talent des chanteurs et particulièrement la jolie adaptation des voix d’enfants.
A la fin de la cérémonie, l’absoute solennelle fut donnée par M. l’archiprêtre Alleaume et une brillante improvisation au grand orgue attesta la valeur de M. Legros.

A la synagogue

La cérémonie israëlite avait lieu à 16 heures et demie. M. Gustave Lang, président de l’association culturelle israëlite recevait les notabilités.
Signalons la présence de MM. E. Lang, premier adjoint au maire du Havre ; Ducreux représentant M. le sous-préfet ; le capitaine Girard, délégué du commandant d’armes ; Bricka, vice-président de la Chambre de commerce ; Césaire le Grand, proviseur du Lycée ; Gloux, conseiller municipal ; Rufenacht, président de l ’A.M.A.C. Et les délégués des divers groupements.
On remarquait les drapeaux de l’A.M.A.C., de la Ligue des Poilus, des Anciens du 329e, de la Flotte, des Sauveteurs-Ambulanciers de la Seine-Inférieure, des Combattants de Gravelotte et de 1870 71 ; des Médaillés militaires, de la section des Combattants belges.
Le Ministre officiant, M. Metger, ayant d’une belle voix grave, traduit les chants et des invocations d’u age[sic], un remarquable discours fut prononcé par M. le rabbin Meyers, de Rouen, qui commentant des passages de la Bible, se plaît à dire que l’amitié née entre combattants ne saurait être anéantie par la mort et que le triomphe de la justice nous donne des heures délicieuses.
Mais, évoquant les plaintes fameuses de Rachel, il se souvient aussi des méfaits de la guerre, des angoisses et des épreuves suprêmes, et il dit notre devoir de communier avec l’âme des morts.
Il rend hommage aux héros de tous les cultes, de toutes les classes sociales qui ont répondu d’un même élan à l’appel de la patrie et qui, ayant sacrifié les joies et les espoirs de leur jeunesse, ont connu le même combat, la même mort, ont droit à la même gloire.
Exaltant les vertus admirables, le patriotisme, la fraternité, la charité, il complimente les anciens combattants et souhaite la réalisation d’une union sacrée qui supprime toute barrière, tout malentendu et rende tous les Français libres, égaux et frères.
Il parle de la lourde tâche de la paix, interprète les conseils des Livres Saints et note qu’un effort conscient se manifeste de plus en plus contre la guerre.
Il termine en louant l’œuvre de la Société des Nations et en préconisant l’union de toutes les âmes pour la grandeur et la gloire de la patrie.
Des chants et des prières magnifiques complétèrent noblement la cérémonie religieuse israëlite.